Eau : les partisans de la gestion publique dénoncent un combat inégal

Les groupes de gauche de la Métropole, La France Insoumise et le collectif «Ô Toulouse» estiment que l’option gestion publique de l’eau n’a pas eu toutes ses chances.

Pas convaincus par les chiffres présentés, toujours partisans de la gestion publique et vent debout contre un débat qu’ils estiment tronqué, les quatre groupes de gauche de l’opposition à la Métropole, auxquels s’ajoutent La France Insoumise et le collectif Ô Toulouse, ont tous réagi à l’annonce hier, dans nos colonnes, du choix de Jean-Luc Moudenc en faveur de Véolia pour la gestion de l’eau et de Suez pour l’assainissement.

Pour Claude Raynal, président des élus PS, la procédure était «orientée» car «trop tardive pour permettre un passage en régie dans les délais». La comparaison entre les modes de gestion – par la collectivité ou par délégation- ne lui paraît pas aboutie car le prix «régie» est à ses yeux une estimation et il était «possible de l’améliorer». L’élu retient que la gestion publique «sort confortée dans son principe» et regrette qu’une solution mixte n’ait pas été choisie : eau en régie et assainissement en délégation.

«Où est le débat ?», dénonce Claude Touchefeu pour le groupe Génération.s. L’élue demande des comptes, «pas de façon suspicieuse», mais pour savoir «comment les entreprises arrivent à un prix 25 % moins cher que le public», la régie ayant à ses yeux des arguments non pris en considération.

S’ils partagent la critique d’une «distorsion de concurrence» dans la comparaison et d’un manque d’information sur les chiffres produits, François Lépineux et Antoine Maurice (Métropole citoyenne) se font eux suspicieux. Le premier s’étonne du faible écart entre les offres des entreprises. Le second a écrit à Jean-Luc Moudenc pour faire état d’un «soupçon de conflit d’intérêts» : un intervenant de l’assistant à maîtrise d’ouvrage qui a élaboré le prix «régie» aurait travaillé pour Véolia dans un autre dossier.

«Service low cost»

L’eau est un des fers de lance de La France Insoumise à Toulouse. Jean-Christophe Sellin, conseiller régional, ne se contente pas de demander des explications, il juge les prix «pas sincères» : «parce que la régie n’a pas à payer des directeurs financiers, de communication, des remontées financières au groupe, des impôts locaux…». L’Insoumis pense aux municipales de 2020 et voit là le début de la campagne électorale.

Les prix tirés vers le bas font prédire à Jean-Marc Barès-Crescence (PCF) un sombre scénario, celui d’un service «dégradé, low-cost».

Depuis un an, le débat public sur la gestion de l’eau revient, pour l’essentiel, au collectif O Toulouse. C’est ce qu’il rappelle dans un communiqué. S’ils estiment eux aussi manquer «d’éléments concrets», les militants retiennent surtout «qu’il n’y avait aucune instance pour prendre en charge la défense de la régie avec au moins autant de conviction qu’ont pu le faire Véolia et Suez pour leurs propres intérêts.»

Le chiffre : 1, 2

milliard d’€> Le chiffre d’affaires sur 12 ans. Les contrats de l’eau et de l’assainissement des 37 communes de la Métropole représentent un chiffre d’affaires cumulé sur douze ans de 1,2 milliard d’€.

 

Le choix de la délégation de service public majoritaire à la Métropole

Parmi les 134 élus de Toulouse Métropole, combien voteront le 13 décembre, lors de l’assemblée qui étudiera la question, en faveur de la délégation de service public de l’eau et de l’assainissement gage, d’après les chiffres annoncés, d’économies pour les habitants ? Pour Jean-Luc Moudenc, la majorité est acquise par son seul groupe de 68 élus. Mais combien se joindront à eux ? Les dix Indépendants et certains des huit Radicaux sans doute. «La délégation de service public me paraît nécessaire compte tenu de l’écart de prix de 17 % en sa faveur. Je ne pense pas que les habitants soient prêts à sacrifier 17 % du prix sur l’autel d’une doctrine», résume Joseph Carles, le maire de Blagnac qui ne s’exprime pas là au nom de son groupe. Le prix ? «Il est inespéré», juge-t-il. «À Blagnac, c’est 151 € de moins sur la facture par an. Les entreprises ont accepté de sacrifier leur marge autour de 1 % du chiffre d’affaires. Je ne vois pas comment dire aux Blagnacais qui subissent des hausses incessantes du gaz, de l’électricité… qu’ils n’en profiteront pas.» Lundi soir, lors du repas des 37 maires de la Métropole, de nombreux maires socialistes auraient dit «oui» à la baisse de prix. «Ils ont pris acte de cette baisse, ce qui ne signifie pas qu’ils approuvent la délégation de service public», corrige Claude Raynal, le président du groupe PS.

Source : Jean-Noël Gros, La Dépêche

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