PRODUITS CHIMIQUES EN EUROPE : un recul très inquiétant

Le projet de révision du règlement européen sur les produits chimiques (Reach) vient d’être abandonné par la Commission européenne. Le Reach encadre l’enregistrement, l’évaluation et l’autorisation des substances chimiques. La révision, discutée depuis 2020, devait permettre une protection plus efficace de la santé et de l’environnement.

Un intense lobbying de l’industrie chimique a réussi à faire capoter le projet. Plus globalement, ce recul s’inscrit dans une offensive tous azimuts contre les lois protectrices de l’environnement et de la santé, tant au niveau européen (Omnibus (1), remise en cause de la DCE ) que français (Loi Duplomb 2, simplifications administratives en faveur de l’extractivisme).

Malgré sa complexité et ses insuffisances, Reach a constitué une réelle avancée dans la réglementation des substances chimiques. Mais une révision était nécessaire, due en particulier aux progrès scientifiques dans la connaissance de ces molécules.

Un aspect essentiel est la prise en compte des effets cumulés des expositions chimiques. Au lieu d’évaluer les substances une par une, avec détermination pour chacune d’un seuil de toxicité, il est plus pertinent de procéder à une évaluation globale. Même à de faibles doses, ces substances ont des effets qui s’additionnent, et qui peuvent finir par avoir un impact conséquent.

Autre aspect important : la nécessité d’une évaluation par famille chimique. Le problème, c’est qu’une fois qu’une molécule est interdite, elle est parfois remplacée par une autre très proche chimiquement, dans la même famille, qui se révèle ensuite tout aussi toxique. On l’a vu avec certains pesticides, ou le bisphénol A, remplacé par des bisphénols parfois plus toxiques !

L’enjeu était donc de pouvoir réglementer plus rapidement des familles entières de substances, plutôt que d’attendre des années pour chaque molécule.

Et puis l’abandon de la révision de Reach va créer des difficultés pour intégrer les avancées de la recherche sur la toxicité de nombreuses substances : cancers dus aux pesticides, toxicité des métaux lourds (plomb, cadmium …), pfas, etc.

Les industries de la chimie et l’agro-industrie ont obtenu gain de cause avec des arguments bien connus : la perte de compétitivité par rapport à des pays moins réglementés et le chantage à l’emploi. C’est ce qui s’est passé avec les poêles anti-adhésives SEB. Mais Reach laisse du temps pour développer des alternatives. Et surtout, il faut regarder le bilan global. Ces substances chimiques dangereuses ont un coût sanitaire et environnemental important pour la société. Nous avons payé un coût terrible en mettant du temps à interdire l’amiante, ou à réduire l’usage du plomb ou du benzène. Ou plutôt, c’est la Sécu, le système de santé, c’est-à-dire nos cotisations et nos impôts qui ont payé des dégâts colossaux, et pas les industriels.

Ce qui est terrible dans cette affaire, c’est que la recherche scientifique fait des progrès considérables qui font apparaître des dégâts pour la santé à un niveau insoupçonné. Pour ne prendre que deux exemples : l’article du Monde du 30 janvier 2026 titrait « Le fardeau financier lié aux polluants éternels pourrait atteindre 1700 milliards d’euros dans l’UE ». Et on pouvait lire dans ce même quotidien qu’un réseau de laboratoires européens, travaillant avec une nouvelle génération de spectromètres de masse à haute résolution permet d’identifier un très grand nombre de molécules différentes, le plus souvent encore inconnues. Il ne serait pas étonnant que les recherches sur ces molécules concluent à la toxicité de bon nombre d’entre elles. Une raison de plus pour dénoncer le refus de réviser la directive Reach.

  1. Paquet Omnibus : propositions de la Commission européenne de simplifications administratives, afin d’accélérer les procédures d’autorisation en faveur des projets industriels et extractivistes.

DCE : Directive Cadre Européenne sur l’eau, datant d’octobre 2000.

Eau Secours 31

28 mai 2026

(Source principale : article de Médiapart du 6 mai 2026)