Lettre d’information d’Eau Secours 31, No 2 ­- Mars 2022

Eau et Climat : ALERTE MAXIMALE !
Comme chaque année, le 22 mars est la journée mondiale de l’eau. Elle intervient dans la foulée de l’adoption par les représentants des gouvernements de 195 pays du second volet du sixième rapport du GIEC. Le constat est sans appel : « Des impacts plus violents, souvent irréversibles, et plus précoces ont affecté toutes formes de vie sur Terre, dans toutes les parties du monde ». Ainsi, la moitié de la population mondiale a souffert de pénurie d’eau à un moment donné au cours de l’année passée, en partie du fait du changement climatique et d’évènements extrêmes comme les inondations et les sécheresses.

Pour ne s’en tenir qu’à l’Europe, le rapport identifie quatre risques principaux : les vagues de chaleur, la perte des rendements agricoles, la pénurie d’eau et les inondations. Les effets négatifs les plus sévères toucheront les régions du sud de l’Europe. Et en cas d’une température grimpant à plus de 3° au­ dessus de celle de l’ère préindustrielle, les risques climatiques seront si graves que même une adaptation maximale ne suffira pas.
Le rapport précise que la pénurie d’eau affectera un tiers de la population du sud de l’Europe à + 2°, et les deux tiers à +3°. L’agriculture intensive et l’irrigation sont bien évidemment au centre de ces enjeux.

FAME DAKAR 2022
L’objectif du Forum alternatif mondial de l’eau (FAME) est de créer une alternative concrète au neuvième Forum mondial de l’eau (WWF), organisé par le Conseil mondial de l’eau. Ce Conseil est le porte-parole des entreprises transnationales et de la Banque mondiale et prétend faussement diriger la gouvernance mondiale de l’eau.

Depuis plusieurs années, différents mouvements de la société civile luttent côte à côte pour la conservation et la gestion citoyenne de l’eau. Les activistes ont créé des plateformes, des propositions et des campagnes lors d’événements tels que le Forum alternatif de Florence en 2003, le Forum alternatif de Genève en 2005, le Forum alternatif de Mexico en 2006 ou le Forum alternatif d’Istanbul en 2009 et au sein de Forums sociaux internationaux tels que ceux de Porto Alegre, Caracas, Nairobi et Belem. Ces rassemblements ont permis de solidifier le mouvement de réappropriation de l’eau, ressource commune qui appartient à toute l’humanité.
Le mouvement mondial de l’eau, sous ses multiples formes, a donné naissance à des réseaux nationaux de droits de l’eau (comme en Italie), à des réseaux continentaux (en Afrique), et a conduit au déclin de la privatisation de l’eau en Amérique latine, en Afrique, en Europe, et notamment en France. Notamment, en France, où se trouvent les principales multinationales de l’eau, l’eau est revenue sous gestion publique à Paris
en 2010.

Le mouvement de l’eau a participé à la lutte pour faire reconnaître l’accès à l’eau comme un droit humain
fondamental. L’eau a été déclarée droit humain par les Nations Unies le 28 juillet 2010.
L’AWWF poursuivra et amplifiera le mouvement de l’eau en
• créant et promouvant une vision alternative de la gestion de l’eau, basée sur des valeurs écologiques
et démocratiques ;
• poursuivant les recherches pour trouver des solutions à la

Les Méga­ Bassines, NON MERCI !
Les méga­ bassines sont des ouvrages de stockage de l’eau aux allures de cratères plastifiés. Ces ouvrages sont imperméables et remplis par pompage dans les nappes phréatiques ou dans les cours d’eau. La surface moyenne d’une méga ­bassine est de 8ha, les plus grandes pouvant aller jusqu’à 18ha.
Et donc à ne pas confondre avec les retenues collinaires, de plus petite taille, perméables avec le milieu naturel, remplies par ruissellement naturel sans système de pompage.
L’avantage supposé des méga ­bassines serait d’effectuer les pompages en hiver. Mais que l’on pompe en hiver comme en été, cela ne change rien au problème de fond : la fragilisation des espaces naturels de stockage de l’eau. Or souterraine ou courante, l’eau participe d’un cycle naturel répondant à divers besoins vitaux (sols, plantes, animaux).
De plus une grande quantité d’eau des bassines est perdue par évaporation, et cette perte se double d’une perte de qualité, car l’eau stagnante voit sa température s’élever ce qui favorise sa dégradation (eutrophisation).

En fait, les méga­bassines servent avant tout une agriculture industrielle (monoculture de céréales, élevage hors-­sol) qui pousse à une utilisation accrue d’engrais et de pesticides.

Il ne s’agit pas d’en finir avec l’irrigation, mais de comprendre que la meilleure réponse à la raréfaction de l’eau et à la crise climatique est de chercher à retenir l’eau dans les sols. Cela passe par moins de bétonnage, par la préservation des zones humides et par le soutien à des pratiques agricoles qui restaurent les sols. Des petits ouvrages de stockage répondent mieux à ce défi et sont plus adaptés à une réelle agriculture paysanne.
Malheureusement, ce n’est pas l’orientation prise par le gouvernement dans les propositions issues du «Varenne de l’eau », piloté par le ministère de l’Agriculture, en écartant scandaleusement le ministère de
l’Environnement.

Les aides de l’État et les investissements se feront en faveur de l’agro-industrie, par des projets coûteux, sans réelle remise en cause de l’irrigation intensive. Il faut savoir qu’en période estivale, plus de 80% des prélèvements en eau dans le bassin Adour­-Garonne sont dédiés à l’irrigation !

Cette fuite en avant pour s’accaparer l’eau à n’importe quel prix se concrétise dans la région Poitou-­Charentes par la multiplication de projets de méga bassines (41 dans la Vienne, dans le bassin versant du Clain).
D’autres territoires commencent à y être confrontés (Pays de Loire et Bretagne), et ne doutons pas qu’il en sera de même bientôt de même en Midi-­Pyrénées.

C’est pourquoi EAU SECOURS 31 soutient les luttes menées contre les méga bassines en Poitou­Charentes, qui se sont traduites par des rassemblements massifs. Et nous restons vigilants, avec d’autres associations (Amis de la Terre, France­ Nature ­Environnement, Confédération Paysanne, etc), pour nous opposer aux projets éventuels de méga ­bassines dans notre région.